Un maire en place depuis 19 ans. Une ville assainie financièrement depuis 2001, un Maire bâtisseur dont nous devons saluer l’engagement. Le développement économique, le quartier du Forum , le nouvel hôpital , le lycée international sont à mettre à son crédit. L’aggravation de l’état du centre-ville, une ligne politique illisible, une animation en berne, un management clanique sont à mettre à son débit.

Comme dans de très nombreuses villes , sa succession fut très mal gérée par Bernard Jeanmet Peralta. Soutenant officiellement un de ses élus dans la presse , il a précipité la fracture de sa majorité qui a conduit à son morcellement en trois listes au premier tour de cette élection municipale. Cette division à laquelle la droite bas-alpine semble abonnée depuis des années peut conduire à la défaite le 22 Mars prochain.

Manosque,ville de Giono

Ville provençale par excellence dont le cœur de ville ressemble de plus en plus à un mouroir. Une ville morte dès 19h dont pourtant la circulation devient insupportable à chaque heure de pointe. Une ville qui compte seize bureaux de votes et 16113 électeurs , attestant ainsi de sa baisse d’attractivité au bénéfice des communes voisines. Une ville dont l’insécurité qui monte vient affecter encore davantage la qualité de vie décrite avec un talent unique par Jean Giono. Une ville qui doit aussi enfin offrir une vraie politique environnementale à la hauteur des enjeux de notre époque.

Les manosquins auront le choix dimanche avec cinq listes très différentes qui se présentent à leur suffrage. Pourtant , cette campagne passionne peu très loin de l’effervescence des affrontements Velin Jeanmet Aubert et Honde. Situation s’expliquant autant par le rejet puissant de la politique que par l’offre politique locale.

Toutes les tendances politiques seront présentes sur les tables des bureaux de vote ce dimanche 15 Mars.

Le favori de ce premier tour, Christian Girard , candidat du Rassemblement National certes mais avant un tout un homme d’expérience ayant Manosque chevillé au cœur. Il compense son peut de gout pour les discours et les joutes médiatiques par un engagement associatif ancien, une connaissance parfaite de la ville ainsi qu’une empathie naturelle. Une liste composée certes de nombreux retraités s’expliquant surement par la difficulté pour certaines professions d’afficher leur soutien à l’ancêtre du Front National. Mais une liste composée de personnalités de qualité comme Thierry Clos, Noel Chuisano, Gilles Rabanin ainsi que de nombreux retraités d’expérience.  Un programme classique et sobre : requalification du centre-ville comme l’ensemble des candidats , une politique sécuritaire offensive avec le doublement des effectifs de la police municipale et la mise en place d’un centre de vidéo surveillance véritablement opérationnel.  Une politique culturelle ancrée dans l’histoire provençale de la ville sans oublier une attention particulière au lien intergénérationnel. Ses performances médiatiques décevantes ont surpris tant sur la forme que sur la maîtrise des dossiers, trop souvent parcellaire.

La surprise de cette campagne : Patrick Garnon 

Ancien conseiller municipal sous Robert Honde, c’est la révélation de cette élection.66 ans , a beaucoup voyagé pour son travail et a 3 enfants dont deux sont agriculteurs   A la tête d’un collectif citoyen ancré à gauche, il su réunir l’ensemble des forces de gauche .  Outsider du scrutin, il est accompagné notamment d’ Emilie Lauvergeon  et Franck Parra . Véritable outsider du scrutin face à trois listes de droite divises, il semble bien parti pour être dans le duo de tête au premier tour. Un programme axé lui aussi sur le centre-ville, des mesures sociales pour les quartiers difficiles, de l’animation pour rendre la ville animée et favoriser la mixité sociale. Un véritable programme environnemental pour favoriser la qualité de vie et de l’air à Manosque. En réussissant l’exploit d’unir toutes les forces de gauche au premier tour, Garnon permet à la gauche de nourrir de sérieux espoirs pour reconquérir la cité manosquine.

Ensuite l’offre de l’actuelle majorité explosée en trois listes à la suite de la décision du maire sortant de soutenir Armel Le Hen.

Camille Galtier, jeune homme de 29 ans est parti le premier conscient de la faiblesse de l’offre de politique de la droite manosquine. Travailleur et fin politique, il créa fin 2017  une association soit disant apolitique ‘ Idée Avenir’ dont l’objectif était de proposer un autre avenir pour Manosque  en rassemblant plus largement que le spectre des républicains. Véritable think tank de sa campagne, il rythma ces deux années par des réunions thématiques et des propositions. Collaborateur politique depuis plusieurs années, militant depuis 2012, il sait faire campagne à la différence de ses adversaires. Il prétend avoir une nouvelle vision, un projet chiffré ainsi qu’une nouvelle méthode tirant ainsi les leçons des promesses non tenues.  Il propose notamment de se consacrer pleinement à la mairie en ne briguant pas la DLVA, consacrer les 15 millions du programme ‘ Cœur de Ville’ à la rénovation du centre-ville, réduire les charges de personnel, interdire toute nouvelle extension commerciale sans oublier une politique sportive innovante.

Dynamique, il a su rassembler les élus de droite refusant de soutenir Armel le hen ainsi qu’une équipe représentative des forces vives de la ville . Clivant, il a poussé Laurent Raymondo en dehors de son association précipitant ainsi sa candidature à l’élection municipale. Il peut parfois être trop agressif et virulent ce qui risque de compliquer toute alliance de second tour, pourtant indispensable pour l’emporter.

Armel le Hen, homme sérieux et compétent, au charisme plus proche d’un DGS que d’un Maire. Sa maitrise des dossiers , son équipe expérimentée et compétente , son connaissance du tissu économique en font un des favoris de l’élection . Son programme pour le centre ville ainsi que ses propositions innovantes en matière de sport et d’environnement sont intéressantes. 

Son peu de gout pour la chose politique, son relationnel assez froid , le poids du bilan du maire sortant compliquent son élection que beaucoup imaginait comme acquise il y a quelques mois en arrière.

Laurent Raymondo, manosquin de toujours, chef d’entreprise, ancien employé municipal est le candidat atypique de cette élection . Sincère, amoureux de  sa ville , entouré d’une équipe passionnée, il a présenté un programme proche des réalités du terrain sur la sécurité, l’animation de la ville, la requalification du centre ville avec une halle couverte sur la place du terreau ainsi que de nombreuses mesures sociales pour remettre le citoyen au cœur de la politique municipale. Associé à deux élus de la majorité sortante, il ne peut donc s’exonérer totalement du bilan de la majorité en place mais ne se prive pas de proposer une autre vision pour Manosque. Doté d’une empathie naturelle, il a une vraie proximité avec les habitants.

Peu politique, il a péché par une campagne de terrain trop tardive, un programme trop technique dans sa présentation et une forme de naïveté illustrée par les engagements écrits à l’égard de la communauté musulmane de Manosque .

Verdict du premier tour ; dimanche 15 Mars 2020 :

Un premier tour à la Pyrrhus !

À la suite du discours du Président Macron le jeudi soir maintenant les élections tout en appelant les personnes âgées à limiter leurs déplacements, l’ambiance autour du scrutin devenait déjà apocalyptique. Mais le discours du Premier Ministre Edouard Philippe à moins de 12h de l’ouverture des bureaux en ordonnant la fermeture de tous les commerces et restaurants et de limiter tous les déplacements sauf celui d’aller voter fit de ce scrutin une élection lunaire.

Dans ce contexte abracadabrantesque, l’abstention fut de 61,4%. 15 points de plus qu’en 2014, attestant ainsi l’influence de la situation sanitaire sur le scrutin. Quatre listes se tiennent en deux points. Du jamais vu !!

Malgré cette situation ubuesque, les deux grands vainqueurs de ce premier tour sont assez logiquement les deux révélations de la campagne : Patrick Garnon et Camille Galtier.

Réussissant l’union de la gauche à l’instar de Robert Honde en 1995 qui faisait déjà face à quatre listes de droite, Patrick Garnon a su rassembler des gens qui ne savaient plus travailler ensemble. Maitrisant les dossiers, incarnant une vision sociale, environnementale sans être loufoque, il a su mobiliser assez largement ses électeurs pour finir en tête de ce premier tour. Conscient du contexte particulier de cette élection, il a eu la victoire modeste et se dit confiant sur sa capacité à mobiliser plus largement son électorat au second tour. Il est évident que la liste ‘ Demain Manosque’ a été moins pénalisé que les autres par l’abstention et a bénéficié à plein de l’union des forces de gauche.  Je m’interroge sur la présence d’un véritable réservoir de voix leur permettant de l’emporter y compris en cas de quadrangulaire. La campagne post Covid 19 nous apportera la réponse.

Le deuxième vainqueur de ce premier tour est incontestablement Camille Galtier et son équipe ‘Manosque notre parti’. Menant une excellente campagne de terrain, fort de son expérience politique, de son énergie et de la faiblesse politique de ses adversaires de droite, il a su créer la surprise en décrochant la seconde place avec 1343 voix et 22% des voix.  Très bon résultat certes mais très probablement insuffisant pour remporter la mairie sans un grand rassemblement avec les équipes de Monsieur le Hen et Raymondo. Fidèle à sa réputation clivante, il a invectivé Armel le Hen dès les résultats l’invitant sèchement à se retirer. Sa capacité à faire amende honorable , à générer de l’empathie au sein des équipes concurrentes et à rassembler seront au cœur de cette campagne de second tour.

Les perdants de ce scrutin sont à des échelles différentes Christian Girard, Armel le Hen et Laurent Raymondo.

Christian Girard, manosquin de toujours et candidat du rassemblement national était le grand favori de ce premier tour. A l’instar de la quasi-totalité des candidats du RN en région Paca , il fut la première victime de l’abstention. Sa communication, sa liste relativement peu impliquée ainsi qu’une maitrise parcellaire des dossiers et des instruments de campagne modernes ont aussi contribué à sa troisième place . Performance décevante pour lui évidemment qui avait besoin d’une large avance au premier tour pour surmonter le fameux plafond de verre lors du second tour. Nul ne peut douter qu’il possède d’une très large réserve de voix et qu’avec une campagne plus dynamique il pourra retrouver une place plus conforme à ses attentes. Cependant, sa victoire apparait désormais fortement compromise y compris en cas de triangulaire.

Le second battu de ce premier tour est le protégé du Maire sortant : Armel Le Hen. Technicien compétent, élu sortant aux finances, il a péché par une campagne sans saveur, peu dynamique et dénuée d’empathie. Son alliance non-assumée avec LREM a été un poids qu’il a porté tout au long de sa campagne. Sa difficulté à aller à la rencontre des habitants fut sa plus grande faiblesse. Il n’a pas su expliquer et donner envie malgré un programme sérieux et intéressant. Malgré cette campagne décevante, il n’est pas distancé. S’il arrive à fusionner avec Raymondo et surtout s’il fend l’armure et fait une campagne plus proche des manosquins , il pourra emporter la mise. Sera-t-il capable de se remettre en cause ainsi qu’une partie de son équipe ? Une grande partie du futur de Manosque se trouve dans cette réponse !

Le dernier du scrutin, Laurent Raymondo est un homme sincère et un chef d’entreprise efficace. Il a évidemment Manosque au cœur. Il a proposé des mesures du quotidien intéressantes afin de faire revivre notre ville.  Mais il a commis certaines erreurs politiques : une campagne de terrain trop tardive, une certaine naïveté à l’égard du comportement des électeurs et du microcosme local sans oublier la polémique autour de la communauté musulmane. Apprendra-t-il de ses erreurs ? Fusionnera t’il avec Armel Le Hen ? Quittera t’il la vie politique après un score décevant mais prévisible ?  Nous aurons la réponse dans les prochains mois.

L’arrivée ou le retour de certains acteurs politiques en vue des futurs scrutins se murmure !

La vie politique locale connaîtra de nouveaux rebondissements mais ce premier tour restera sans aucun doute dans les annales de l’histoire manosquine !

Rendez vous en Juin ? en  Septembre ? En Mars ? Nul ne le sait aujourd’hui . Mais l’essentiel est évidemment ailleurs.  Merci et respect au personnel soignant en première ligne face à cette pandémie mondiale !!

A bientôt pour la suite des histoires manosquines !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

deux × 4 =